Conférence de presse de Hollande : la diagonale européenne

par Pascal Riché | Cofondateur Rue89 

Etrange conférence de presse. Englué dans la récession et le chômage, coincé par ses promesses mal tenues, corseté par les contraintes européennes, le Président a tenté ce jeudi de conjurer l’immobilisme qu’on lui reproche en multipliant les mots évoquant le mouvement, l’offensive, la mobilité... Il est allé très loin dans ce registre « bougiste », citant (sans le nommer) Jean Tinguely : « La seule chose stable, c’est le mouvement. » Qu’on se le dise, donc, l’an II de son mandat sera celui de l’offensive. Et cette offensive commencera par l’Europe.
Ce fut la seule surprise de cette conférence de presse : Hollande a choisi de déplacer les grands problèmes du moment sur le terrain européen. Une « diagonale mitterrandienne », en quelque sorte, pour celui qui a commencé sa carrière politique en 1981, dans un petit bureau de l’Elysée en 1981. Lorsque l’ancien chef de l’Etat avait compris combien il était difficile d’agir sur le plan national, il avait « européanisé » son discours, faisant de la construction de l’Europe, pour reprendre les mots de Jean-Pierre Chevènement, « un mythe de substitution au projet de transformation sociale qui l’avait porté au pouvoir en 1981 ».
François Hollande, qui est allé à bonne école, a donc repris la technique hier. Il faut espérer qu’il ne s’agisse pas seulement d’une fuite commode, et que le Président nourrisse une véritable ambition pour réparer la zone euro.
Pour bien marquer cette inflexion, Hollande a engagé son discours par son bilan européen, peint en rose : c’est grâce à l’action de la France, « trait-d’union entre l’Europe du Nord et l’Europe du Sud », a-t-on ainsi appris, que « la zone euro a été stabilisée, l’Union bancaire a été définie, la Banque centrale européenne s’est dotée d’une nouvelle doctrine, la Grèce a été sauvée, les taux d’intérêt ont baissé... »

« Sortir l’Europe de la langueur »

Puis il a détaillé sa volonté de reprendre « l’offensive » et expliqué que son « devoir » était d’abord de « sortir l’Europe de la langueur ». Il entend donc convaincre ses partenaires d’instaurer un « gouvernement économique » de la zone euro, qui se réunirait tous les mois et serait animé par un président désigné pour une durée longue. Il entend également pousser un plan européen pour l’insertion des jeunes, une stratégie commune d’investissement, une communauté des énergies renouvelables... Enfin, il espère « une nouvelle étape de l’intégration européenne, avec une capacité budgétaire qui serait attribuée à la zone euro, et la possibilité, progressivement, de lever l’emprunt ».
« L’idée européenne exige le mouvement, si elle ne bouge pas, elle tombe » a-t-il conclu, paraphrasant cette fois la métaphore vélocipédique de Jacques Delors.
Sur le fond, François Hollande a raison : c’est au niveau européen que l’économie coince. L’austérité budgétaire est dictée par la Commission européenne, la création monétaire est jalousement gardée par la Banque centrale européenne, la course à la compétitivité entre les pays ne facilite pas les progrès sociaux. Mais les solutions qu’avance le Président semblent encore bien timides face au défi posé. Un « gouvernement économique » est plus que jamais nécessaire, mais l’idée a été mainte fois resservie, telle une vieille tarte à la crème, depuis le gouvernement Bérégovoy. En octobre 2008 encore, devant le Parlement européen à Strasbourg, Nicolas Sarkozy jurait : « Il n’est pas possible que la zone euro continue sans gouvernement économique clairement identifié ».

Un tout petit pas vers un « emprunt européen »

Quant à la Banque centrale européenne, François Hollande se garde bien de vouloir la bousculer. A un journaliste qui lui fait remarquer que la création monétaire généreuse aux Etats-Unis et au Japon semblait être couronnée de succès, et qu’il serait peut-être intelligent de revoir les statuts de notre banque centrale, le Président répond, résigné, qu’il est de facto impossible de modifier les statuts de la BCE, car cela demanderait un accord unanime de tous les pays. Il ne désespère pas, en revanche, de convaincre la banque centrale de fournir quelques liquidités aux PME.
Enfin, s’il entrouvre la voie vers un « emprunt européen », c’est un tout petit pas qu’il semble l’envisager. Les grandes idées sur les euro-obligations ou la mutualisation des dettes souveraines ne semblent plus à l’ordre du jour.
François Hollande assure qu’il commencera à discuter de ces questions avec l’Allemagne dès les semaines prochaines. Chacun sait pourtant que rien de très audacieux ne pourra se produire avant l’élection législative allemande de septembre. Le bilan de la grande initiative européenne que promet de mener le Président Français ne pourra pas être dressé avant l’an prochain. Hollande s’est d’ailleurs donné « deux ans pour y parvenir », un délai difficilement compressible.
En attendant, la France s’enferre dans sa récession : il ne reste qu’à espérer qu’elle en sera sortie avant le printemps 2015...
Note du Blogueur :  Eh bien, c'est pas gagné si le Président croit sortir la France de la faillite avec son approche positive. C'est bon pour la caméra, la méthode Coué !!!!
Qu'il explique aux victimes journalières de licenciement, ceux qui vivent avec peu pendant que nos "réfugiés sans caravanes" vivent avec 2500 euros par mois !
On a (hélas) la France que l'on mérite !

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