Quand les Etats-Unis ou la Russie tuent des civils, l’indignation est à géométrie variable Par Caroline GALACTEROS — 15 février 2017 Crises Etats-Unis Russie

Origine Arrêt sur Info

Le site AirWars publie un article au titre révélateur : «For first time, Coalition now killing more civilians than Russia» (Pour la première fois, la Coalition tue plus de civils que la Russie). Ainsi, «les chercheurs de Airwars ont dénombré en janvier 95 événements auxquels la Coalition internationale [largement dominée par les Etats-Unis] a participé et qui ont fait des victimes civiles» alors que «dans le même temps, 57 événements similaires concernant les Russes ont été répertoriés». Airwars note qu’il s’agit-là d’un tournant dans cette vaste guerre qui s’étend en Irak et en Syrie : jusqu’à présent, il était estimé que les Russes et l’Armée du régime syrien causaient davantage de morts que la Coalition (dans une proportion ¼ contre ¾). Ce mois de janvier semble marquer une inversion de la tendance : alors que la bataille d’Alep s’est terminée, que des cessez-le-feu locaux apparaissent en Syrie et qu’une coordination opérationnelle (encore imparfaite) prend forme entre la Russie et la Turquie, les frappes russes contre des cibles où peuvent être présents des civils sont beaucoup moins nombreuses. En revanche, la Coalition est en pleine de bataille de Mossoul avec les conséquences humanitaires inévitables d’une guerre urbaine : le nombre de victimes civiles augmente mécaniquement.
Les chiffres du tableau suivant montrent très clairement l’impossibilité d’une “guerre propre” d’un côté comme de l’autre. Un constat à vrai dire fort banal si notre manichéisme ne nous aveuglait pas, nous poussant à vouloir contre toute évidence diviser le monde entre “bons” et “méchants”.
Telle est la réalité que l’on n’a pas voulu voir et que l’on continue à taire : Il n’y a pas que les Soukhoï, les Migoyan-Gourevitch ou les lance-roquettes multiples Grad fabriqués en Russie qui tuent des innocents. Nos chasseurs-bombardiers Rafale ou nos pièces d’artillerie Caesar de 155 mm qui viennent en soutien de l’infanterie irakienne peuvent aussi faire des morts. La question n’est pas vainement polémique mais fondamentalement politique. Nous devons prendre conscience que la guerre ne peut être une virtualité mise à distance par la technologie. Elle ne peut se faire sur un champ de bataille stérilisé comme la table d’opération d’un chirurgien. La guerre n’est pas qu’un phénomène militaire. Elle s’inscrit dans un contexte politique, économique, social et culturel et en vérité éminemment humain, que l’on ne peut balayer d’un revers de la main, et finalement, nous entretenons avec la guerre une proximité bien plus grande que nous ne voulons le reconnaître. Le monde du 21e siècle n’est pas celui de la fin de la guerre (pas plus que celui d’une “fin de l’Histoire” d’ailleurs).  La guerre n’est pas un résidu, une survivance que l’on aurait réussi à endiguer aux confins du monde néolibéral dans des enclaves d’arriération politique qu’il serait possible d’épurer de leurs scories rétrogrades – en l’espèce islamistes – en séparant cette ivraie d’un bon grain civil épargné par nos armements d’une précision chirurgicale. Il nous faut enfin prendre conscience que les décisions de politique étrangère, mais souvent aussi de politique intérieure (pensons en France au cocktail explosif de l’intégration bloquée, de l’immigration continue et de la paupérisation des classes populaires et moyennes) peuvent avoir des conséquences guerrières, donc meurtrières. Les chefs d’Etat et de gouvernement “fabriquent” cette matière que l’on nomme l’Histoire et ne sont pas de simples comptables pour lesquels la complexité historique se réduirait à un équilibre des comptes publics.
On se souvient des semaines durant lesquelles les médias, dans leur immense majorité – notons quelques exceptions comme les reportages précis et mesurés de Régis Le Sommier pour Paris-Match, les analyses de Renaud Girard, Fabrice Balanche ou de Frédéric Pichon dans Le Figaro – ont relaté avec force détails les «crimes de guerre», voire le «génocide» et les «crimes contre l’humanité»  que les Russes et l’Armée syrienne auraient commis à Alep-Est en Syrie. Alors que l’ONU elle-même remarquait pourtant dans ses rapports que les «morts civils» étaient aussi le fait de tirs rebelles (notamment au mortier sur Alep-Ouest), toute analyse qui appelait à la prudence en rappelant que les djihadistes se servaient des civils comme boucliers humains ou que la propagande (des deux côtés d’ailleurs) pouvait mener à la propagation de fausses informations, vous valait d’être taxé de suppôt du régime, d’idiot utile du “bourreau de Damas” ou de recrue française du FSB. Telles étaient les étiquettes dont on a affublé les observateurs dont l’analyse des conflits contemporains entraient en dissonance avec les éléments de langage d’une diplomatie occidentale, singulièrement française, qui alterne aujourd’hui entre aphonie et anathèmes, signant son égarement et son impuissance.
Que la tactique russe soit sur le terrain plus risquée pour les civils que les méthodes des armées de l’OTAN, ceci peut être tout à fait défendu, au regard notamment de l’utilisation massive de l’artillerie dans les phases offensives. Ceci est justement remarqué dans un article passionnant sur « la doctrine russe [comprise] au travers de la culture militaire soviétique » publié par le blog L’Echo du champ de bataille. C’est plus grave de dire que Vladimir Poutine mène en Syrie une guerre d’extermination quand, de l’autre côté de l’Euphrate, la Coalition internationale mènerait une guerre chirurgicale et propre pour libérer Mossoul et ses civils de l’emprise de l’Etat islamique (après avoir, il faut le remarquer, beaucoup attendu). Les réalités internationales ne sont jamais binaires, sauf dans la tête de quelques éditorialistes, militants et hommes politiques néocons qui sont en vérité les véritables et irresponsables «va-t-en-guerre» soufflant sur les braises de la fureur des hommes depuis leurs confortables sinécures.
La réalité est que les guerres contemporaines sont des guerres largement urbaines, et asymétriques, où les frontières traditionnelles entre sphères civile et militaire sont floutées, souvent par un ennemi qualitativement et quantitativement inférieur qui se sert de cette porosité entre l’extérieur et l’intérieur du champ de bataille pour compenser sa propre faiblesse. Ce sont des guerres qui ressemblent de plus en plus à des opérations de sécurité intérieure de grande ampleur, sans déclaration de guerre, sans belligérants étatiques, sans armées qui se reconnaissent mutuellement. Ce sont de «petites guerres» au sens de Clausewitz, des guerres cruelles qui obéissent à la «théorie du partisan» de Carl Schmitt. Le juriste et philosophe, qui s’est fourvoyé de manière innommable dans le nazisme, mérite néanmoins d’être encore lu. Carl Schmitt décrit le «partisan» comme ce combattant irrégulier qui prend justement le jus in bello à contre-pied pour frapper son adversaire et l’avoir souvent à l’usure – comme on le voit avec les guerres américaines en Irak ou en Afghanistan, qui n’ont pas de fin véritable. Carl Schmitt distingue le «partisan tellurique» du «partisan révolutionnaire» : quand le premier se bat à l’échelle locale pour protéger sa terre, le second se bat à l’échelle mondiale pour renverser l’ensemble interétatique tout entier. Ce que montre la guerre en Syrie ou en Irak, tout autant que l’Afghanistan ces dix dernières années, c’est le double statut de nos ennemis, qui sont à la fois telluriques et révolutionnaires, locaux et globaux. La jeunesse sunnite économiquement et socialement désœuvrée de Syrie se tournera localement vers des groupes djihadistes qui eux embrassent un dessein global dessinant les contours d’une forme postmoderne de totalitarisme. Nous pourrions dire la même chose des tribus sunnites d’Irak, qui, si apeurées à l’idée de tomber sous la coupe d’un gouvernement chiite hégémonique, ont vu dans l’Etat islamique naissant un bouclier régional dont elles ont de facto grossi l’emprise planétaire. «La guerre est un caméléon», écrivait Clausewitz. Dans le désert du Levant, tel est plus que jamais le cas, de sorte qu’aucun raisonnement binaire ne saurait être tenu raisonnablement.
De même en va-t-il de la question de la «mort de civils» dans ce type de guerre urbaine où de grandes puissances technologiques (qui cherchent à mettre, par la technologie, la guerre à distance  (drones, etc…) et même à en faire une activité prétendument “neutre” voire positive), soutiennent des armées étatiques régulières affaiblies contre des organisations terroristes qui, telles des partisans à la fois telluriques et révolutionnaires, utilisent les civils comme bouclier ou les attaques-suicide comme épée. Dans ce cadre, la mort des civils est inévitable. Nul cynisme ou désabusement dans ce triste constat. Il s’agit au contraire de prendre justement la mesure de ce drame avec lucidité afin d’éviter les décisions politiques parfois légères qui ont pu conduire à de telles extrémités.
En l’occurrence, Alep n’a pas plus été une “sale guerre” que Mossoul n’a de chances d’être une “guerre propre”. On peut critiquer la brutalité de la tactique russe, celle d’une Armée syrienne historiquement formée et encadrée  par les cadres de l’Armée rouge, mais on ne peut crier au génocide en faisant mine de croire que la Coalition (avec pour chef de file les Etats-Unis…) allait quant à elle pouvoir miraculeusement épargner les populations civiles à Mossoul. Il ne s’agit d’ailleurs pas d’accabler les Américains ! Les erreurs stratégiques américaines commises depuis 2003 ayant très largement participé à l’éclosion de Daech, il fallait bien que les Etats-Unis soutiennent le gouvernement de Bagdad et les autorités d’Erbil pour reprendre Mossoul, la grande ville sunnite de l’Irak, détruire l’Etat islamique avant de trouver – on en est encore très loin ! – un compromis politique viable offrant aux Sunnites des garanties et des contreparties vis-à-vis de la domination politique chiite.
La ville de Mossoul n’est pas encore reprise à l’Etat islamique, les combats font rage et les morts civils sont nombreux. Qui pouvait croire qu’il en serait autrement. Le moralisme fait plus de morts que le pragmatisme et un peu d’honnêteté intellectuelle ne peut que servir la cause de l’apaisement.
Par Caroline Galactéros | 
Docteur en Science politique, ancien auditeur de l’IHEDN, elle a enseigné la stratégie et l’éthique à l’Ecole de Guerre et à HEC. Colonel de réserve, elle dirige aujourd’hui la société de conseil PLANETING et tient la chronique « Etat d’esprit, esprit d’Etat » au Point.fr. Elle a publié « Manières du monde. Manières de guerre » (éd. Nuvis, 2013) et « Guerre, Technologie et société » (avec R. Debray et V. Desportes, éd. Nuvis, 2014). Polémologue, spécialiste de géopolitique et d’intelligence stratégique, elle décrit sans détours mais avec précision les nouvelles lignes de faille qui dessinent le monde d’aujourd’hui.

Assad : «Les terroristes ont le soutien de nombreux pays occidentaux, dont la France» — 16 février 2017 France Syrie

Dans une interview à Europe 1 et TF1 réalisée à Damas, le président syrien Bachar el-Assad est revenu sur le conflit en cours, fustigeant l’Occident, y compris Paris, qu’il accuse d’ingérence dans les affaires syriennes et de soutien au terrorisme.
Pour Bachar el-Assad, «le chemin sera encore long pour gagner la guerre contre le terrorisme», étant donné que le groupes terroristes dits «rebelles» reçoivent le soutien militaire et financier de nombreux pays occidentaux, «dont la France».
En effet, si, pour la France, Daesh reste le véritable ennemi, «il s’agit d’une conséquence et non du problème d’origine», car l’idéologie de Daesh est la même que celle que défendent les groupes dits «rebelles» tels que le front Al-Nosra. «Vous [l’Occident] devriez donc vous inquiéter de ces terroristes, qui n’ont que faire d’appartenir à Daesh ou à Al-Nosra. Ils mettent en œuvre ce que leur idéologie leur commande de faire, c’est-à-dire essentiellement des actes terroristes […] et passent d’une organisation à une autre, car toutes ces organisations ont la même idéologie : l’idéologie wahhabite qui est l’origine de ce terrorisme», explique Bachar el-Assad aux journalistes Michel Scott (TF1) et Fabien Namias (Europe1).
«Les principaux médias et les milieux politiques occidentaux ont soutenu au tout début, ces soi-disant modérés. Ils ont dit au début qu’il s’agissait de manifestants pacifiques, après quoi ils ont dit qu’ils n’étaient plus si pacifiques, qu’ils étaient des combattants, mais toujours « modérés ». Mais en fait, ils ne réalisaient pas qu’ils soutenaient la base même d’Al-Qaïda et de Daesh», ajoute le président syrien.
Le chef d’Etat syrien explique ensuite que la France ne dissimule même pas son soutien aux terroristes en Syrie «depuis le premier jour» et est directement responsable des tueries dans [le] pays. : «Ce sont eux qui le disent […] François Hollande a même récemment déclaré que cela avait été une erreur de ne pas avoir déclenché la guerre en 2013. Ce sont eux qui ont dit qu’ils envoyaient de l’armement à ce qu’ils appellent des groupes « modérés », et qui sont en fait des terroristes […] Ils s’accusent eux-mêmes».

François Hollande «touche le fond»

Les journalistes ont ensuite demandé à Bachar el-Assad s’il suivait la campagne présidentielle française et ont voulu connaître son opinion à propos de François Hollande. Le chef d’Etat syrien a répondu qu’il suivait la campagne «dans les grandes lignes, pas dans les détails» car dans tous les cas, les dirigeants occidentaux trompent la population : «Ce qu’ils disent, c’est pour gagner les électeurs, et non dans l’intérêt de leur pays».
Quant au président François Hollande, Bachar el-Assad explique sèchement : «Pour être franc, je ne me soucie aucunement de lui avec ses 11% de popularité, ce qui je pense s’appelle toucher le fond comme jamais aucun de ses prédécesseurs dans l’histoire de France.»
S’exprimant sur les positions occidentales à propos de sa politique, Bachar el-Assad a violemment fustigé l’Occident pour son ingérence dans les affaires syriennes : «L’Occident n’a pas à choisir entre moi et Daech. C’est à mon peuple de le faire. Parce que c’est une question purement syrienne. Donc nous n’avons que faire de ce que les responsables occidentaux pensent de tout cela. Ils feraient mieux de s’inquiéter de leur propre population, de les protéger des attaques terroristes qui ont lieu à cause de leur politique», a-t-il déclaré

Le gouvernement syrien en contact avec le renseignement français

Si le président syrien affirme que son gouvernement n’a établi de contact avec aucun candidat à la présidentielle française, il déclare cependant être en contact régulièrement avec les services secrets français, au grand étonnement des journalistes :
Dans certains cas, nous avons eu des contacts indirects […] lors de la visite d’une délégation parlementaire en Syrie, un des membres de la délégation était du service de renseignement [français]. Donc, ces contacts existent. Bien sûr le gouvernement français a déclaré qu’il s’agissait d’une délégation parlementaire, mais qu’il n’était pas concerné et qu’il désapprouvait. Ce n’est pas vrai : il y a bien entendu plusieurs canaux de communications». »

Le rapport d’Amnesty International basé sur des «allégations sans preuves»

Interrogé par les journalistes sur le rapport d’Amnesty International qui évoquait entre 5000 et 13 000 prisonniers exécutés dans la prison de Saydnaya près de Damas, Bachar el-Assad a évoqué une manipulation : «Dans ce cas précis, on ne parle pas de faits […] il est honteux qu’[Amnesty International] se mette à bâtir un rapport sur la base de simples allégations. Ce rapport est bâti sur des allégations ! Pas un seul document ; pas une seule preuve. Ils n’ont même pas parlé de 13 000 morts, ils ont dit entre 5 000 et 13 000. On passe du simple au double ! Cela veut dire qu’il n’y a pas de précision».
Par ailleurs, il explique : «la peine de mort est légale en Syrie. Cela fait partie du droit syrien depuis l’indépendance. Le gouvernement a donc le droit d’exécuter n’importe qui conformément à la loi. Pourquoi le ferait-il alors de manière illégale ?»
Les journalistes ont alors demandé à Bachar el-Assad s’il accepterait que des observateurs internationaux soient envoyés en Syrie pour constater l’état du système carcéral. Sa réponse a été sèche et précise :
«Non, nous ne permettrons pas à Amnesty de venir ici. C’est une question de souveraineté. Est-ce que vous accepteriez, si vous le demandez à votre gouvernement, qu’une délégation syrienne soit envoyée chez vous pour enquêter sur les raisons pour lesquelles votre armée sous Nicolas Sarkozy puis sous François Hollande a attaqué les Libyens, et tué des dizaines ou des centaines de milliers d’entre eux ? Est-ce que nous pouvons aller enquêter sur l’argent que Sarkozy a reçu de Kadhafi ?».
16 févr. 2017

Article troublant

vendredi 17 février 2017

L'autre "affaire Théo"



En fait, il y a deux "affaires Théo". La première concerne l'histoire que la presse nous a immédiatement présentée: celle d'un innocent noir de banlieu matraqué et violé par les policiers, parce qu'il était noir et d'une cité. La seconde affaire Théo est celle de la complicité politico-médiatique dans le compassionnel, pour nous resservir des héros de notre temps: soit des migrants, soit des gens de couleurs, ces "laissés-pour-compte" du système qui se battent contre l'injustice de cette classe abominable, blanche et riche. Tant la presse que les milieux politiques complaisants, surtout en période électorale, nous mettent dans une alternative intenable, hésitant entre la communautarisation et l'invective du Klu Klux Klan.


Il y a deux semaines, un jeune homme, Théo, est hospitalisé suite à des "brutalités policières". Innocent et se trouvant là presque par hasard, les policiers se seraient jetés sur lui et sans raison, sauf parce qu'il est noir, lui auraient lancé des insultes racistes au visage, l'auraient matraqué et violé avec une matraque. Suite à cela, il fut hospitalisé, un policier accusé de viol les trois autres sont mis en examen pour violence. Théo ressort de l'hôpital sur ses deux jambes, sa famille pleure de joie, lui est une victime parfaite. Médiatisable à souhait.

Tellement parfaite que la presse s'en empare, que le Président va lui rendre visite comme à un héros de guerre - chaque époque a les héros qu'elle peut ... et les Présidents aussi. La police est montrée du doigt, stigmatisée, notamment par ces artistes qui se sentent investis d'une mission civique tout autant qu'artistique. Tout cela avant même que l'enquête n'ait aboutie. Notre société n'a plus besoin d'enquête, la justice se fait dans la presse et dans la rue, c'est plus simple et plus rapide. Cela s'appelle le lynchage. La presse qui ne donne la parole qu'à une partie: la "victime" Théo, qui ne s'interroge pas sur les policiers, leurs raisons.

A tel point que la Police nationale publie un communiqué: la police n'est pas raciste, elle fait son travail, à savoir protéger l'ordre public et si la justice reconnait les faits, les policiers seront sanctionnés. Mais pas en raison de la rue, suite à une décision de justice. C'est toute la différence entre un état de droit et un état barbare.


Mais peu importe, l'occasion est trop belle. Les manifestations s'enchaînent, les manifestants soi-disant venus se prononcer contre les injustices se déchaînent et le spectacle est pitoyable. Entre les journalistes complaisants qui tendent les micros pour que ces jeunes puissent expliquer que les flics les interpellent pour rien les frappent chaque jour, etc. Et ensuite, l'on voit ces jeunes bruler des voitures, casser des vitrines.






Et après tout cela, le journal Le Point publie le témoignage du policier. Et il se trouve que ce témoignage est corroboré par les vidéos de surveillance. Que notre cher Théo est intervenu dès l'arrivée de la police qui contrôlait un autre gentil jeune homme du quartier. Il a frappé les policiers et donné des coups dans tous les sens. Cette version avait été donnée par les policiers moins de deux heures après l'arrestation, avant même qu'il ne porte plainte. Les policiers, eux, ont porté plainte contre Théo pour outrage et rébellion. Maintenant, la presse publie le témoignage objectif d'un ami de Théo qui affirme avoir été frappé il y a peu, justement par le policier qui est accusé de viol.

Bref, Théo a été matraqué après avoir agressé des policiers qui procédaient dans un quartier particulièrement difficile à un contrôle sur un autre individu de ce quartier. Donc, son "innocence" est déjà largement remise en cause. Quant au viol, il doit encore être prouvé ... et pas dans la presse.

Ces engouements médiatiques aveugles et sélectifs servent des intérêts très contestables. Ils renforcent le communautarisme qui s'insinue en France, favorise les discours racistes en réaction, stigmatisent le travail des forces de l'ordre que l'on accuse soit d'abandonner les quartiers difficiles, soit de violences. 

C'est dérangeant cette manière de s'engouffrer dans n'importe quel soutien aveugle, avant même que l'enquête préliminaire n'ait été bouclée. Cette complaisance dégoulinante d'hypocrisie et de renoncement, comme si elle était le résultat d'une culpabilité. Mais de quoi sommes-nous finalement coupables? 

Un individu agresse des policiers dans l'exercice de leurs fonctions. Ils réagissent. Cet individu n'a pas à agresser des policiers, quelle que soit sa religion, sa couleur de peau, sa condition sociale. Les policiers doivent réagir quelle que soit la religion, la couleur de peau et la condition sociale de toute personne qui se comporte de cette manière sur n'importe quel endroit du territoire français. C'est la République. Les habitants des cités, quelle que soit leur religion, leur couleur de peau et leur condition sociale doivent aussi respecter les règles de droit. Parce qu'il n'y a pas que des droits, mais aussi des devoirs.

Sinon imaginez ce qui pourra se passer bientôt. Vous appellerez la police, parce que quelqu'un de violent tente d'entrer chez vous. Et le policier vous demande: Il est violent? Réponse: Oui. Question: Il est blanc? Réponse: Non.  Réaction: Désolé, mais on ne peut pas se déplacer. Vous comprenez, c'est une personne de couleur qui est violente, on sera obligé de réagir et alors l'on nous accusera de violence. Mais vous pourrez toujours porter plainte après, enfin si la justice ne veut pas prendre le risque d'être accusée de racisme et si vous êtes en état de le faire.

Pensez-y lorsque vous irez manifester contre la police. Quant aux violences policières, aux vraies, elles sont condamnables, ce que chacun, les policiers eux-mêmes, savent pertinamment. Mais après une décision de justice.