Que penser du rebond de la croissance ?

Agoravox vendredi 16 août - par Laurent Pinsolle

C’est la bonne nouvelle estivale à laquelle personne de n’attendait : la croissance européenne a rebondi au 2ème trimestre et a atteint 0,5% pour la France. Même s’il faut prendre avec des pincettes ces chiffres, cela confirme le scénario que j’avais esquissé de reprise illusoire pour 2014.




Lire entre les lignes
 
Comme du temps de Christine Lagarde, le gouvernement s’est félicité de ces résultats, en en faisant (bien maladroitement et peu crédiblement) le résultat de sa politique. Naturellement, ce discours est extrêmement hâtif. Tout d’abord, il ne s’agit que d’un bon chiffre trimestriel, qui devra être révisé, et qui ne fait que confirmer un objectif de croissance de 0,1% pour 2013... Certes cela est plus que la moyenne de l’UE mais ce chiffre est d’autant moins glorieux qu’il correspond à une baisse du PIB par habitant dans un pays où la population continue à croître de manière importante.
 
En outre, le détail des chiffres est moins flatteur. Primo, l’investissement recule de 0,5%, ce qui augure mal pour l’avenir. Ensuite, 40% de la croissance vient d’une hausse de stock, ce que Pierre Moscovici s’est bien gardé de pointeralors que si leur contribution avait été négative, il n’aurait pas manqué de le faire. Enfin, si 0,3 point de croissance vient de la croissance de la consommation de 0,4%, il faut préciser que la moitié de cette croissance s’explique par l’énergie dont la consommation a progressé de 2,4%. En clair, à stock étal et sans un printemps maussade, la croissance aurait été de 0,15%...
 
Avis de reprise illusoire confirmé
 
Il y a quelques mois, j’avais pronostiqué une légère reprise pour 2014, autour d’1% de croissance, du fait du rebond naturel de l’économie (ce qu’illustre l’augmentation des ventes de voitures de 2% au 2nd trimestre 2013), du léger desserrement des politiques de rigueur, d’un contexte international qui s’améliore et d’une reprise de l’endettement. Beaucoup n’avaient pas bien compris mon message. Il est bien évident que je ne pense pas que ce léger regain de croissance valide de quelque manière que ce soit les politiques qui sont suivies. Bien au contraire, comme je l’écrivais, cette faible croissance sera illusoire, privilégiant riches et multinationales et ignorant une majorité de la population
 
Néanmoins, il ne sert à rien de ne pas admettre ce léger regain car être trop pessimiste ou refuser la réalité peut décrédibiliser. En revanche, nous devons décortiquer les chiffres pour démontrer que cette reprise est illusoire et insuffisante, pointer le chômage de masse, la baisse du pouvoir d’achat pour une majorité des citoyens… Il nous faut souligner que cette reprise ne profite qu’aux plus riches (la hausse de 25% des grandes fortunes) ou des multinationales (dont les profits battent des records). Ce discours, équilibré et ne niant pas la réalité, est le plus à même de convaincre nos compatriotes.
 
Même si elle est très limitée, de nombreux facteurs expliquent le léger regain de croissance au 2nd trimestre et devraient permettre à l’économie française de retrouver une croissance d’environ 1% en 2014, si tout se passe bien. Cependant, cette légère reprise sera illusoire comme le sentent bien les citoyens.

Note du blogeur : personnellement, je fais partie des gens qui ne voit pas le bout du tunnel ; surtout pas à la lecture de ce qui suit :


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Tout de suite après l’éclatement de la crise financière mondiale en septembre 2008, il avait été avancé que les fameux «marchés émergents», y compris la Chine, l’Inde et le Brésil, seraient en mesure de se découpler des grandes économies capitalistes et de créer une nouvelle base de croissance pour l’économie mondiale dans son ensemble. 

Mais cela s’est avéré un mythe économique. Ces «marchés émergents» sont incapables de participer à la croissance et deviennent rapidement une nouvelle source d’instabilité mondiale. 

La semaine dernière, le 
Wall Street Journal a cité un rapport de Bridgewater, le plus gros fonds spéculatif au monde, qui notait que les principales économies, dont les États-Unis, l’Europe et le Japon, participaient maintenant davantage à la croissance économique mondiale que les pays émergents. 

Cette conclusion ne représente toutefois pas un regain dans les pays avancés. Elle marque plutôt un ralentissement de l’économie mondiale dans son ensemble. Les taux de croissance de toutes les principales économies demeurent bien en deçà de ce qui avait été atteint en 2007-2008 et il semble bien que l’on ne reverra plus ces taux de croissance. 

Un sondage effectué auprès d’économistes et publié par la Federal Reserve Bank of Philadelphia a révélé que ces derniers prévoyaient un taux de croissance de 1,5 pour cent en 2013 pour les États-Unis, soit un taux bien inférieur à celui de 2,0 pour cent établi en mai. Selon un rapport d’un des principaux économistes de JPMorgan, la croissance ne va pas s’améliorer à long terme. En effet, le taux de croissance potentiel de l’économie américaine, qui se situait à 3,5 pour cent, a été réduit de moitié. 

Ailleurs, la situation est encore pire. L’Europe continue de stagner: les économies de la zone euro n’ont crû que de 0,3 pour cent durant le trimestre de juin, ce qui correspond à un taux annualisé de 1,1 pour cent. Ce retour à une croissance positive, après six trimestres consécutifs de contraction, ne signifie en rien que l’Europe a «passé le cap». L’économie de toute la zone euro demeure à 3 pour cent sous la barre de ce qu’elle était en 2008. La plupart des analystes croient qu’un taux de croissance annuel d’au moins 2 à 3 pour cent durant les trois prochaines années serait nécessaire pour réduire le chômage, mais rien ne laisse présager un tel scénario. 

Le 
Wall Street Journal a commenté qu’il était «difficile de voir comment l’Europe pourrait se sortir de cette situation». Ajoutant qu’«Il y a plusieurs obstacles à une reprise: le maintien de l’austérité, l’absence de prêts bancaires accessibles, la montée du chômage, les faibles revenus des ménages et les faibles investissements d’entreprises dont les opérations sont au ralenti.» 

Le programme de la Banque du Japon consistant à doubler sa masse monétaire semble avoir fouetté l’économie japonaise, dont la croissance au troisième trimestre a atteint un taux annualisé de 2,6 pour cent. Mais ces résultats demeurent toutefois bien en deçà des prévisions de croissance de 3,6 pour cent. 

Le principal facteur dans la réduction de la contribution des «marchés émergents» à la croissance mondiale est le ralentissement économique en Chine. Le taux de croissance officiel prévu pour cette année est de 7,5 pour cent, soit le plus bas depuis 1990. Mais certains affirment qu’il pourrait être encore plus bas. 

La baisse du taux de croissance chinois a des conséquences importantes sur les économies d’Asie du Sud-Est et sur les exportateurs de matières premières comme le Brésil et l’Australie. 

Deux ans plus tôt, l’économie du Brésil, qui exporte du soya et du minerai de fer vers la Chine, croissait à un taux de 7,6 pour cent. Le taux anticipé pour cette année n’est que de 2,3 pour cent. 

L’Australie, un important exportateur de minerai de fer, est lourdement touchée par la contraction des investissements en Chine. Le ministère des Finances prévoit une forte baisse dans les termes de l’échange en Australie (le ratio des prix d’exportation sur les prix d’importation). Le gouvernement travailliste de Rudd a déclaré que le «boom chinois», qui a motivé d’importants investissements dans des projets d’exploitation de minerai de fer, était terminé. 

Et la baisse de croissance n’est pas le seul problème. Il y a de plus en plus d’inquiétudes concernant le fait que la dette de la Chine (le résultat des plans de relance mis en place après la crise financière mondiale de 2008-2009) puisse provoquer une crise financière. 

Le 
Financial Times a rapporté la semaine dernière que, selon l’analyste Charlene Chu de Fitch Ratings, une étude des supposées activités bancaires parallèles de la Chine a révélé que la dette totale du pays pourrait s’élever à 200 pour cent du produit intérieur brut. Chu a soutenu que l’ensemble du secteur bancaire était plus exposé aux prêts effectués dans ce réseau bancaire parallèle que la plupart des gens pouvaient croire. Elle évalue que les actifs du système bancaire chinois ont crû de 14 billions de dollars de 2008 à 2013, soit l’équivalent de tout le système bancaire américain. 

Des statistiques officielles montrent que les prêts à risque détenus par les banques chinoises ont grimpé de 2 milliards de dollars au deuxième trimestre, soit une septième hausse trimestrielle consécutive. 

Les problèmes financiers croissants de l’Inde (une autre économie qui était perçue comme un centre potentiel de croissance économique mondiale) pourraient bien être le signe de ce qui se développe ailleurs. Certains craignent que son ralentissement économique (on prévoit une croissance de 5 pour cent cette année, soit la moitié du taux de croissance d'il y a trois ans) vienne alourdir la dette de certaines des plus importantes sociétés industrielles du pays. 

Le système financier indien subit une importante fuite de capitaux, ce qui a provoqué la semaine dernière la réimposition d’un programme de restriction des exportations de capitaux pour freiner la baisse de valeur de la roupie.
L’économie indienne est frappée par ce que le 
Financial Times qualifie de «mélange toxique de dévaluation de la roupie, de contraction marquée de l’économie, d’augmentation de la balance de paiements et des déficits budgétaires, et d’une forte inflation». 

L’Inde n’est pas la seule économie émergente à rencontrer des problèmes financiers de plus en plus importants. Le fait qu’il soit prévu que la Réserve fédérale américaine réduise bientôt son achat d’obligations du Trésor américain (la pièce maîtresse de son programme d’«assouplissement quantitatif»), peut-être même le mois prochain, a provoqué une fuite de capitaux dans d’autres régions. À part l’Inde, l’Indonésie, que l’on a aussi qualifiée de centre de croissance, est confrontée à de graves problèmes financiers. 

Craignant que la réduction de l’«assouplissement quantitatif» par la Fed, qui va entraîner une hausse des taux d’intérêt aux États-Unis, entraîne un mouvement de capitaux vers les actifs financiers américains, les marchés à travers l’Asie ont chuté la semaine dernière. La fuite de capitaux pourrait bien se transformer en déluge lors de la mise en œuvre de ces mesures par la Fed. 

En 1997-1998, l’effondrement du baht thaïlandais avait provoqué l’éclatement de la bulle financière à travers l’Asie. Les conséquences économiques régionales de cet événement étaient l’équivalent de l’impact de la Grande Dépression sur les principales économies capitalistes.
Considérant à quel point l’économie mondiale est devenue de plus en plus dépendante des «marchés émergents» et combien les marchés financiers ont été intégrés les uns aux autres dans les dernières années, les conséquences d’une autre crise financière seront encore plus graves.

WSWS  
JEU 22 AOÛ 2013

Saccage programmé des côtes de Bretagne

Info AGORAVOX du 16 août 2013

Allo quoi Y-a t-il un ministre de l'écologie à bord ?
Un projet catastrophique, contraire à tout esprit de protection de la nature, initié sous Sarko et poursuivi par nos copiés/collés au pouvoir : la razzia des fonds marins en baie de Lannion (Côtes nord de la Bretagne).
La Compagnie Armoricaine de Navigation (CAN) a une idée de génie : puisque l'Europe a interdit le ramassage du maerl afin de protéger l'habitat des fonds marins, qu'à cela ne tienne : ramassons du sable coquillier (engrais naturel en maraîchage). Et pas quelques pelletées mais bien 8 millions de M3 d'une dune sous marine. La zone que convoite la CAN est un endroit où vivent et se développent notamment les lançons qui sont à la base de la nourriture de nombreux oiseaux marins, de poissons tels le lieu jaune et le bar et des poissons plats tels la barbue et le turbot. Cette zone est critique pour les pêcheurs professionnels qui y passent plus de la moitié de leur temps de pêche et y placent leurs casiers. Elle est également une zone fréquentée par les pêcheurs plaisanciers et les plongeurs soit plus de 10 000 personnes par an.
Contre l'avis des populations, des élus, des dizaines d'associations locales, contre un rapport plus que réservé de l'Ifremer, depuis 2010 le projet continue son petit bonhomme de chemin. Notre gouvernement allié du parti écologiste n'est pas pressé de l'annuler. Or les dégâts seront irréversibles d'après les scientifiques qui se sont penchés sur la question : plus de faune, plus de flore sur ce lieu essentiel à la pêche. En cause les rejets turbides des navires. Près de 400 emplois menacés dans la pêche et le tourisme. Tout ça pour le profit d'une entreprise de 25 marins qui se fera du gras en détruisant une région.
Les Bretons ont déjà subi pas mal de désagréments comme les diverses marées noires et vertes. Ils ont accepté des tas de contraintes telles la loi littoral et Natura 2000 destinées à protéger leurs côtes. Ils ont accepté ces contraintes, conscients que leur trésor ne doit pas être dilapidé
Et ce projet viendrait anéantir tous leurs efforts ?
Une table ronde se tiendra à Bercy le 27 août prochain avec Arnaud Montebourg, les associations et la CAN.
Si vous voulez en savoir plus voici le site du Peuple des Dunes qui est le collectif très actif qui s'élève contre ce projet crétinissime. http://lepeupledesdunes.com/

En Afrique du Sud, les mineurs commémorent le «massacre de Marikana»

Des collègues des mineurs tués manifestaient ce vendredi à Marikana.
Des collègues des mineurs tués manifestaient ce vendredi à Marikana. 
(PHOTO STEPHANE DE SAKUTIN. AFP)
Un an après la fusillade meurtrière de la mine de platine de Marikana, au nord de l’Afrique du Sud, quelques 10.000 mineurs se sont rassemblés sur la bien mal-nommée «Colline des merveilles», afin de commémorer cette tragédie. Le 16 août 2012, la police sud-africaine, débordée par les mineurs grévistes demandant des augmentations de salaire, avait ouvert le feu sur la foule, faisant 34 morts et 78 blessés. Un évènement considéré comme le pire drame dans le pays depuis la fin du régime ségrégationniste de l’apartheid, en 1994.
Dès 11 heures, des groupes de travailleurs et les familles des victimes se sont dirigés vers le lieu de la fusillade, un terrain vague proche des installations minières, en entonnant des chants traditionnels. Les représentants des mineurs ont ensuite pris la parole durant la cérémonie, tout comme le dirigeant de la compagnie britannique Lomin, propriétaire de la mine de Marikana, qui s’est dit «désolé» de la mort de ses employés. «Autant de vies n’auraient pas dû être perdues [...]. Nous devons apprendre que cela n’aurait pas dû arriver et que cela ne doit plus jamais arriver», a déclaré Ben Magara, le PDG de Lomin, ajoutant que «tous les jours, nous ressentons les conséquences de cette tragédie». Une minute de silence a été observée à 16 heures, à l’heure précise où la police avait ouvert le feu, après la lecture solennelle des noms des victimes.

Jour de prière et de réflexion

Dans la matinée, Collins Chabane, président du comité inter-ministériel sur Marikana, avait appelé au calme pour ce jour de deuil national.«C’est l’occasion pour se regrouper en tant que nation et travailler ensemble afin que, un an après cette tragédie, la population de Marikana et de l’Afrique du Sud toute entière ne revive pas les événements de 2012, de quelque manière que ce soit», a-t-il ainsi déclaré, selon le site sud-africain News 24. Un avis partagé par le président Jacob Zuma, qui a appelé «tous les Sud-Africains à considérer le 16 août comme un jour de prière et de réflexion» dans un communiqué publié la veille.
«C’est un moment très douloureux. Il y a un an beaucoup de nos camarades sont morts et depuis nous n’avons pas vu de hausses de salaire. Nous avons l’impression que nos frères sont morts pour rien», confie Christopher Duma, un mineur de 45 ans, ajoutant que les violences sont toujours omniprésentes dans la région. Les rivalités syndicales autour de la mine de Marikana, qui ont mis le feu aux poudres en 2012, sont en effet loin d’être éteintes. Plusieurs militants ont été tués dans cette zone depuis un an, la dernière en date étant une responsable locale du grand syndicat NUM, abattue lundi devant son domicile. Signe de la persistance des tensions, le NUM, qui a perdu son statut de syndicat majoritaire au profit de sa rivale l’Amcu, a décidé de boycotter les commémorations.

«Certaines personnes profitent de cette tragédie»

Et il n’est pas le seul. Le gouvernement, très critiqué pour sa gestion du «massacre de Marikana» et l’absence de résultats de la commission d’enquête, a annoncé vendredi 16 août dans la matinée qu’aucun de ses membres n’assisterait à la commémoration. «Certaines personnes profitent de cette tragédie pour leur propre intérêt politique», a expliqué à Reuters Ishmael Mnisi, le porte-parole de l’African National Congress (ANC), le parti au pouvoir. Plus d’une douzaine de sièges, réservés aux membres de l’exécutif, sont donc restés vides durant la cérémonie.
Mercredi, un forum contre les crimes des mines s’est ouvert à Rustenburg, à l’initiative du gouvernement. La police, les dirigeants des mines et les syndicats se sont en effet entendus pour travailler au retour au calme dans ce secteur. Une nouvelle tentative de l’exécutif d’apaiser les mineurs, alors que les travaux de la commission d’enquête sur la fusillade de Marikana, qui n’a toujours pas interrogé les policiers directement impliqués dans les évènements, n’avancent pas
Il y a un an :
Mark Munroe de Lonmin (©Stéphane de Sakutin-AFP)
Tuerie de Marikana : nombreuses questions, (encore) peu de réponses

En utilisant les images de trois caméras, cette vidéo tente de comprendre ce qui s'est réellement passé quand la police a tiré à balles réelle sur les mineurs grévistes
Après avoir pleuré ses morts toute la semaine, l'Afrique du Sud va désormais poursuivre sa quête de réponses à la suite de la tuerie de Marikana. Jeudi dernier, le président Jacob Zuma a défini les contours et les objectifs de la commission d'enquête chargée de faire toute la lumière sur le drame.
Comme souvent, une lecture en noir et blanc de la tragédie doit être proscrite. Même si chaque acteur se rejette pour l'instant la faute, les responsabilités sont très largement partagées. Voici une liste de questions dont les réponses préciseront le rôle de chacun.
La police

Policiers à Marikana (©Reuters)
Les policiers ont-ils riposté (légitime défense) ? paniqué (manque de formation) ? délibérément tué (ordre de mission caché) ? Un peu de tout cela ? Est-ce le bruit d'un tir provenant d'un autre groupe de policiers présent sur le côté qui a déclenché la réaction meurtrière des policiers sur les grévistes ?
Pourquoi ont-ils tiré à balles réelles ? Depuis la fin de l'année dernière, cet usage semblait pourtant avoir été interdit pour ce type d'opérations de maintien de l'ordre. Qui a donné l'ordre ?
Que s'est-il passé après ce premier bain de sang filmé par les caméras (une dizaine de cadavres au sol) ? Pourquoi a-t-on continué à entendre au loin pendant presque une demi-heure des coups de feu retentissant dans différentes directions ?
Certains témoins évoquent un "second massacre" hors de la vue des journalistes présents sur place. Les premières autopsies révéleraient aussi des tirs dans le dos d'une partie des 34 mineurs grévistes morts. Tués lorsqu'ils essayaient de fuir les premiers tirs de la police ou assassinés froidement plus tard ?
Les policiers voulaient-ils se venger de la mort des deux collègues tués par des grévistes quelques jours avant le fameux jeudi 16 août ? Des photos de leurs corps atrocement mutilés auraient largement circulé sur les téléphones portables des forces de l'ordre.
Est-ce pour cela que des policiers auraient ensuite "torturé" dans les cellules des mineurs grévistes interpellés ? Pour retrouver coûte que coûte les leaders de la grève et les responsables de ces deux meurtres ?
Six armes à feu ont été retrouvées chez les 259 grévistes interpellés. Certains avocats mettent déjà en doute l'origine de ces armes. Ont-elles été placées par la police elle-même pour justifier la thèse d'une riposte face à des grévistes ayant tiré les premiers ?
Les grévistes

Mineurs grévistes à Marikana (©Siphiwe Sibeko-Reuters)
Que faisaient ces machettes, ces gourdins, ces barres de fers dans leurs mains ? Sur cette colline, les brandissaient-ils au nom de la tradition comme cela se fait dans la province d'origine d'une majorité des mineurs ? Ou ces armes révélaient-elles une volonté délibérée de tuer ? Une partie d'entre elles étaient, selon des témoins, flambantes neuves.
En avançant rapidement vers les policiers, les grévistes ont-ils voulu les attaquer ou fuyaient-ils les bouffées de gaz lacrymogène tout juste diffusé ? Ont-ils tiré les premiers ?
Un sangoma (ou muti) était-il présent sur la colline où s'étaient installés les grévistes ? Ce soigneur traditionnel a-t-il convaincu les mineurs qu'ils deviendraient "invincibles" face aux balles des policiers ? Qui l'aurait fait venir ?
Qui composait ce groupe de 3 000 mineurs grévistes ? Certaines sources indiquent la présence de mineurs qui avaient été licenciés l'an dernier par Lonmin, ainsi que des "éléments criminels".

Combien gagnent-ils réellement ? La plupart des grévistes annonçait aux journalistes un salaire de "400 euros", mais c'est beaucoup plus. Il y a aussi l'allocation logement, la prime de vacances, des bonus divers, les cotisations pour leur sécurité sociale et la retraite. Résultat : un coût de près de 1 000 euros pour l'employeur dont près de 750 euros arrive chaque mois dans la poche du mineur. Les grévistes exigent un salaire de 1 250 euros, "net" selon certains d'entre eux.
Des experts rappelaient aussi qu'un mineur en Afrique du Sud est relativement "bien payé"si on compare son salaire à ceux d'autres professions (construction, agriculture, etc). Autre rappel : 40% des Sud-Africains vivent avec moins de 40 euros par mois.
Mais est-ce tout de même suffisant au regard de leurs difficiles conditions de travail ? A noter aussi que plus du tiers des mineurs sont des intérimaires et ne bénéficient pas forcément de tous ces avantages.
Enfin, ces mineurs "préfèrent"-ils vivre au quotidien dans des cabanes en tôle pour envoyer un maximum d'argent chaque mois à leurs familles restées vivre près de la côte ?

Les syndicats

Joseph Mathunjwa, président d'Amcu (©BusinessDay)
AMCU, syndicat minoritaire mais à l'origine de la grève, a-t-il réellement essayé de négocier avec la compagnie Lonmin ou a-t-il délibérément joué la carte de l'affrontement pour accroître sa notoriété dans la ceinture de platine sud-africaine et dans le pays ?
A-t-il encouragé, voire ordonné, les meurtres de non-grévistes et de membres du syndicat, NUM ? Avant le jeudi 16 août, dix personnes avaient déjà été tuées.
NUM, le syndicat majoritaire mais déclinant dans la mine, a-t-il laissé pourrir la situation pour dénoncer l'irresponsabilité de ses adversaires syndicaux ?
Lors des précédentes négociations salariales avec Lonmin, a-t-il sacrifié ses adhérents les moins bien payés (les foreurs représentaient la plupart des grévistes) pour avantager ses adhérents en col blanc ? Y-a-t-il des ententes avec Lonmin ?
Comment NUM peut-il défendre ses adhérents en Afrique du Sud tout en investissant dans des projets, main dans la main avec des compagnies minières ?

La compagnie minière

Mark Munroe de Lonmin (©Stéphane de Sakutin-AFP)
Mark Munroe, vice-président de Lonmin
Pourquoi, avant la tuerie, Lonmin n'a-t-il jamais accepté d'ouvrir des discussions avec les mineurs grévistes ? Officiellement, le syndicat AMCU ne peut pas être reconnu par la compagnie, mais n'aurait-il pas fallu entamer un dialogue informel pour tenter de débloquer la situation avant qu'elle devienne incontrôlable ?
A-t-elle préféré jouer un syndicat contre l'autre afin d'affaiblir NUM, le syndicat majoritaire au sein de la compagnie minière ?
Que fait réellement Lonmin pour participer au développement des communautés qui vivent à proximité de la mine ? Une étude récente l'accusait d'exploitation et d'affichage en matière de projets liés à sa responsabilité sociale d'entreprise.

Le gouvernement

Jacob Zuma à l'hôpital de Marikana (©BusinessDay)
Le président Jacob Zuma avec un mineur blessé à l'hôpital de Marikana

Avant la tuerie, le président Jacob Zuma avait-t-il donné l'ordre aux policiers de faire"tout ce qui était possible" pour mettre fin à cette grève ? Pourquoi le gouvernement ne s'est-il pas impliqué dans la résolution du conflit avant que le drame ait lieu ?
L'ANC a-t-il préféré soutenir son allié stratégique, NUM, sur le dos des salariés grévistes ? Lonmin a-t-il déjà versé de l'argent pour les campagnes électorales de l'ANC ? Lonmin a-t-il fait pression sur le gouvernement pour que la police intervienne rapidement et que sa production puisse reprendre ?
Quel rôle a joué Cyril Ramaphosa, autrefois à la tête de NUM, haute personnalité de l'ANC, aujourd'hui riche businessman et membre du conseil d'administration de la compagnie ?
En appelant les grévistes de Lonmin à de nouvelles batailles où il faudra peut-être"mourir", Julius Malema, exclu en début d'année de l'ANC, n'alimente-il pas les risques d'une propagation de la violence ?
L'absence de la police et de services publics dans les bidonvilles qui ont surgi auprès des mines de la région n'a-t-il pas créé les conditions d'une révolte violente "contre l'injustice et les inégalités" ?
Que vont faire les autorités pour éviter que ce drame ne se reproduise ?
Crédits : Reuters / Siphiwe Sibeko-Reuters / Business Day / Stéphane de Sakutin-AFP / Business Day

Nota du Blogueur : Un de mes collègues de travail était en Afrique du Sud pendant ces événements dans le cadre d'un partenariat auprès des Forces de Police Sud-Africaine et il nous a certifié que nombreux étaient les grévistes qui attaquaient dans un état de démences à cause des drogues, les policiers. Selon les policiers, les agresseurs voulaient tuer, et n'avaient pas peur de recevoir des balles car ils avaient été rendus invincibles grâce à la puissante magie du Muti.
On est ici très loin du politiquement correct de nos médias français....une fois de plus !